OffensiveGrand Quartier général, France

Georges Painvin casse le chiffre ADFGVX : le « radiogramme de la Victoire »

2 juin 1918, un capitaine français perce en 26 heures le nouveau chiffre allemand

Georges Painvin casse le chiffre ADFGVX : le « radiogramme de la Victoire »

Le 1er juin 1918, l'armée allemande renforce son chiffre de campagne ADFGX en y ajoutant une lettre. Le lendemain, le capitaine Georges Painvin l'a déjà cassé. Le message déchiffré révèle le lieu de la prochaine offensive sur Compiègne et permet à Foch d'y engager ses réserves. C'est l'acte fondateur de la cryptanalyse française.

Georges Painvin (1886-1980), polytechnicien, enseignant en paléontologie, est un cryptanalyste autodidacte affecté au Cabinet noir du Grand Quartier général. Depuis mars 1918, il travaille sur le chiffre ADFGX, introduit par les Allemands pour préparer leurs grandes offensives de printemps : une substitution par un carré de 25 cases combinée à une transposition par clé. Il en vient à bout en avril, mais le 1er juin 1918 les Allemands changent la donne en ajoutant la lettre V (ADFGVX, carré de 36 cases, chiffres compris).

Painvin s'enferme. En 26 heures de travail, il reconstitue le carré et la clé de transposition du jour. Le 2 juin, il transmet au commandement le contenu d'un message envoyé la veille à des unités de la région de Remaugies, au nord de Compiègne :

« Hâtez l'approvisionnement en munitions, le faire même de jour tant qu'on n'est pas vu. »

Ce texte, baptisé plus tard « radiogramme de la Victoire », confirme que l'attaque allemande visera le secteur de Montdidier-Compiègne. Le maréchal Foch y engage ses dernières réserves. L'offensive du 9 juin est contenue, puis brisée par la contre-attaque de Mangin le 11 juin.

Painvin en sort épuisé, amaigri de quinze kilos, hospitalisé plusieurs mois. Il fera ensuite carrière dans l'industrie, deviendra président de la Chambre de commerce de Paris et ne parlera de son travail de 1918 qu'à la fin des années 1960, lorsque le secret sera levé.

Son exploit rappelle une leçon que la France mettra longtemps à institutionnaliser : le renseignement technique se gagne avec des mathématiciens, pas seulement avec des espions. Il faudra attendre la prise de conscience des années 1990 pour que cette idée s'impose vraiment.

Illustration : Georges Painvin jeune, auteur inconnu, domaine public (Wikimedia Commons).

Acteurs

  • Georges Painvin Capitaine, cryptanalyste au Cabinet noir du GQG (1886-1980)
  • Ferdinand Foch Commandant en chef des armées alliées

Sources

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