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Le principe de Kerckhoffs : la sécurité repose sur la clé, jamais sur le secret du procédé

Janvier 1883, « La cryptographie militaire » paraît dans le Journal des sciences militaires

Le principe de Kerckhoffs : la sécurité repose sur la clé, jamais sur le secret du procédé

En janvier 1883, Auguste Kerckhoffs publie à Paris « La cryptographie militaire ». Il y pose six règles, dont une seule est restée célèbre : un système de chiffrement doit rester sûr même si l'ennemi en connaît tous les détails, sauf la clé. Toute la cryptographie moderne, et l'idée même de sécurité par la transparence plutôt que par l'obscurité, en découle.

Auguste Kerckhoffs (1835-1903), linguiste néerlandais installé en France, enseigne l'allemand à l'École des hautes études commerciales de Paris. En janvier et février 1883, il publie dans le Journal des sciences militaires un article en deux parties, La cryptographie militaire, qui dresse l'état de l'art et critique sévèrement les pratiques de l'armée française.

Il y énonce six exigences pour un chiffre militaire. La deuxième est devenue le principe de Kerckhoffs :

« Il faut qu'il n'exige pas le secret, et qu'il puisse sans inconvénient tomber entre les mains de l'ennemi. »

Autrement dit, un système doit être conçu en supposant que l'adversaire en connaît tout, sauf la clé. Un procédé secret finit toujours par fuir, par capture, trahison ou rétro-ingénierie. Une clé, elle, se change.

Les autres règles parlent encore à un RSSI d'aujourd'hui : la clé doit pouvoir être communiquée et retenue sans notes écrites, le système doit être utilisable sans matériel lourd, et il doit être « facile » à l'usage, sans exiger de concentration excessive de l'opérateur. Kerckhoffs pense déjà l'humain comme le maillon faible.

Ce principe sera reformulé par Claude Shannon en 1949 (« l'ennemi connaît le système ») et fonde la cryptographie publique moderne : les algorithmes AES ou RSA sont publiés, analysés par tous, et n'en sont que plus solides. Il inspire aussi la démarche d'ouverture qui anime la communauté de la sécurité, de la publication des vulnérabilités aux conférences comme le SSTIC.

Kerckhoffs est aussi connu pour avoir été le grand promoteur du volapük, langue universelle qui a précédé l'espéranto. Le texte original de 1883 est consultable sur Gallica.

Illustration : portrait d'Auguste Kerckhoffs, auteur inconnu, domaine public (Wikimedia Commons).

Acteurs

  • Auguste Kerckhoffs Linguiste et cryptologue (1835-1903), auteur de « La cryptographie militaire »

Sources

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