EntrepriseLouveciennes, France

Michel Ugon invente la carte à puce à microprocesseur

26 août 1977, brevet Bull d'une carte avec processeur ; 1978, le SPOM ; 1979, la CP8

Michel Ugon invente la carte à puce à microprocesseur

Le 26 août 1977, Michel Ugon, ingénieur chez CII-Honeywell Bull, dépose le brevet d'une carte à puce dotée d'un microprocesseur : le secret ne quitte plus la carte. Le SPOM en 1978 puis la CP8 en 1979 en font un coffre-fort qui sait calculer. Cartes bancaires, SIM, Vitale, identité : des milliards d'exemplaires en descendent. C'est lui le créateur de la carte à puce, pas le brevet de carte à mémoire de 1974 qu'a médiatisé Roland Moreno.

Michel Ugon (1940-2021), ingénieur sorti major de l'ESEO en 1964, entre à la CII en 1971. Fin 1976, après la fusion avec Honeywell-Bull, il prend la tête du projet carte à puce. Le problème qu'il veut résoudre est simple à énoncer : une carte qui se contente de stocker un code ne protège rien, puisque le terminal doit lire ce code pour le vérifier. Il faut que la carte calcule elle-même, et que le secret n'en sorte jamais.

Le 26 août 1977, il dépose le brevet d'une carte associant un microprocesseur et une mémoire programmable, déjà pensée pour le paiement. Le 25 avril 1978, son brevet SPOM (Self-Programmable One-chip Microcomputer) réunit processeur et mémoire sur une seule puce, ce qui ferme la porte aux attaques entre les deux composants. En mars 1979, Bull présente la première carte à microprocesseur opérationnelle, la CP8. La carte à puce telle que le monde l'utilise aujourd'hui est née là.

Ce que la carte processeur rend possible :

  • Le code confidentiel est vérifié à l'intérieur de la puce, jamais transmis en clair.
  • La carte peut signer et chiffrer : c'est le premier objet cryptographique grand public.
  • Un compteur d'essais bloque la carte après trois codes faux.

La descendance :

  • 1983 : la Télécarte, première application de masse.
  • 1984-1992 : expérimentation puis généralisation de la puce sur les cartes bancaires françaises, quinze ans avant le reste du monde avec le standard EMV.
  • 1991 : la carte SIM. 1998 : la carte Vitale. Puis les passeports et cartes d'identité.

Ugon dirige la R&D puis devient directeur général adjoint de Bull CP8, préside Eurosmart, l'association européenne des industriels de la carte, et siège au comité ISO 7816 qui normalise la carte à puce mondiale. Bull CP8 passe ensuite chez Schlumberger puis Gemplus, ancêtres de Gemalto et Thales.

Et Roland Moreno ? Journaliste et autodidacte, il a déposé le 25 mars 1974 un brevet de carte à mémoire, sans processeur, qu'il a su médiatiser au point d'être présenté pendant quarante ans comme « l'inventeur de la carte à puce ». Les spécialistes de la sécurité ne partagent pas cette version. Le général Jean-Louis Desvignes, ancien directeur du SCSSI, rappelle dans son hommage à Ugon que la carte de Moreno n'était « qu'une carte à mémoire », qu'en 1978 Moreno ne croyait pas à la carte à microprocesseur, et parle d'une usurpation de paternité. Des brevets de cartes à mémoire existaient d'ailleurs avant 1974, au Japon (Arimura, 1967) et aux États-Unis. La sécurité de la carte à puce, celle qui compte pour la cybersécurité, est l'œuvre de Michel Ugon.

Il est mort le 28 décembre 2021 dans une indifférence quasi générale. Vingt ans plus tôt, l'affaire Humpich avait montré que son coffre-fort tenait, tant que ses clés suivaient les progrès du calcul.

Illustration : carte Bull CP8, photo Papardelle, CC BY-SA 3.0 (Wikimedia Commons).

Acteurs

  • Michel Ugon Ingénieur CII-Honeywell Bull, inventeur de la carte à microprocesseur et du SPOM (1940-2021)
  • Bull CP8 Filiale de Bull, première carte à microprocesseur opérationnelle (1979)

Sources

#carte-a-puce#ugon#bull#cp8#spom#paiement#cryptographie#archives

← Retour à la frise interactive · Toutes les fiches